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En 2026, je livre seul ce qui demandait une équipe — et voici où reste l'humain

En 2026, je livre seul ce qui demandait une équipe — et voici où reste l'humain

Quand je dis à un client que je peux livrer seul, en quelques jours, un développement qui aurait mobilisé une équipe pendant des mois, j’ai souvent droit à un silence poli — celui du « trop beau pour être vrai ». Je le comprends. Alors, plutôt que de le convaincre avec des promesses, je préfère raconter le chemin. Il est court, d’ailleurs : à peine plus de deux ans. Mais dans ces deux ans, mon métier a changé plus que dans les treize précédentes.

Je fais des sites internet depuis 2009. J’ai découvert ChatGPT en septembre 2023 — tard, diront certains. À l’époque, l’outil venait tout juste d’accéder à internet ; jusque-là, il ne connaissait le monde que jusqu’en 2021. Autant dire un assistant myope, sans mémoire d’une conversation à l’autre, avec qui on travaillait au copier-coller. Voici six projets, de ce mois de septembre 2023 à aujourd’hui, qui montrent précisément comment on est passé de ce bricolage aux agents autonomes. Et, ce qui compte tout autant, où l’IA se heurte encore à un mur.

Septembre 2023 — Les balbutiements : le copier-coller pur

Mon tout premier test, c’était modeste : un bout de JavaScript pour trier des références clients sur un site WordPress. Un tableau de projets qu’on filtre, un pop-up qui s’ouvre au clic avec les détails. Rien d’extraordinaire — sauf que je découvrais l’outil.

Le geste de cette époque, il faut le décrire pour mesurer le chemin parcouru. Je copiais mon code dans la fenêtre de chat, l’IA me renvoyait une version modifiée, je la recopiais dans mon éditeur, je testais en live, et je revenais lui signaler ce qui n’allait pas. À chaque nouvelle conversation, elle avait tout oublié : il fallait re-planter le décor. J’avais même pris l’habitude d’ouvrir chaque échange par une formule d’amorçage — quelque chose comme « tu es un développeur avec dix ans d’expérience dans les plugins et thèmes WordPress » — pour orienter ses réponses. Du bricolage, littéralement : de la colle et du fil de fer entre deux fenêtres.

Décembre 2023 — Le thème saisonnier : quand l’IA veut tout coder

Deux mois plus tard, un projet plus ambitieux pour un chalet touristique. Le site WordPress devait vivre à deux visages : une arborescence d’été et une arborescence d’hiver, chacune avec sa page d’accueil, ses menus, ses pages enfants. Il fallait un système capable de détecter la date et de servir automatiquement l’expérience — visuelle et de navigation — correspondant à la saison, avec la possibilité de basculer manuellement sur l’autre pour la prévisualiser.

Je l’ai d’abord conçu comme si j’allais le coder à la main, puis j’ai testé l’IA pour voir son prisme — sa façon d’aborder le problème. Et là, une leçon que je n’ai jamais oubliée : l’angle était intéressant, mais elle butait sur des détails, et sa logique me paraissait inutilement complexe. Elle voulait tout coder. Là où je voyais une solution simple, elle échafaudait une usine à gaz.

Mon approche tenait en une phrase : j’ai un menu hiver et un menu été, une page d’accueil hiver et une page d’accueil été, les pages enfants des deux côtés existent déjà. Avec un peu de PHP, du CSS et une pincée de JavaScript, on bascule les menus et l’accueil de la bonne saison en fonction d’une simple plage de dates. C’est tout. L’IA m’a quand même aidé à écrire ce code plus vite — je lui copiais les fichiers qui m’intéressaient, elle me disait quoi modifier — mais la décision d’architecture, la simplicité, c’est moi qui l’ai imposée. On était encore en plein copier-coller, mais le rapport était déjà clair : elle accélérait la main, je gardais la tête.

Janvier 2024 — Shopify : l’IA comme école

Début 2024, je veux me lancer dans les thèmes sur mesure sur Shopify, sans encore avoir de cas réel à mon actif. J’accepte un premier chantier pour une agence nantaise, qui me fournit une maquette Figma.

Intégrer le design n’était pas la difficulté : je fais ça sur WordPress et PrestaShop depuis des années. Le vrai obstacle, c’était de construire des sections sur mesure — témoignages, carrousel, bloc avec vidéo en arrière-plan — dans le Liquid de Shopify, le langage de templating maison de la plateforme. Pour qui débute dessus, c’est un territoire inconnu.

Et c’est là que l’IA a montré une autre facette : au-delà d’accélérer, elle fait apprendre. Chaque section construite avec son aide était une leçon de Liquid appliquée à un cas concret, sur un projet qui comptait vraiment. Pour un autodidacte comme moi, c’est la meilleure école que je connaisse : non pas accepter un chantier qu’on aurait refusé par peur de ne pas être rentable — même si c’était déjà ça — mais apprendre en le livrant.

Juin 2024 — Un plugin devisé 10 à 20 000 € : le déverrouilleur

Le besoin est précis : rendre récurrents des paiements par prélèvement, chèque ou virement sur WooCommerce. Je n’ai pas l’expérience pour chiffrer ce genre de développement, alors je passe par une plateforme de mise en relation pour voir ce que ça vaut. Les devis remontent entre 10 000 et 20 000 €.

Le client est une PME. Elle ne peut pas raisonnablement mettre une telle somme dans un plugin qui devra, en plus, évoluer au rythme des mises à jour de WooCommerce. Le projet est bloqué net par son prix. Je lui propose un marché honnête : je tente une solution avec l’IA, et s’il y a un résultat, il me paie le temps passé — que j’estime à deux jours maximum. Je livre en une grosse journée.

Ce jour-là, une bascule s’opère dans ma tête. L’IA n’est plus seulement un formateur ou une béquille : c’est un accélérateur qui rend faisable ce qui ne l’était pas. Un développement hors de portée financière d’une PME devient réalité en une journée de travail. On était à la mi-2024, toujours sans agents, encore beaucoup au copier-coller — mais le rapport de force avec la complexité avait changé.

Janvier 2024 → aujourd’hui — Le tirage au sort : le partenaire de longue durée

Ce projet-là, commencé début 2024, tourne encore aujourd’hui — plus de deux ans et demi de vie.

Un ami crée des objets d’artisanat à l’unité, des pièces uniques très prisées. On avait testé plusieurs solutions pour les vendre : WooCommerce, BigCartel. À chaque fois, une lacune. Le problème est particulier : quand une pièce rare est mise en ligne à un instant T annoncé à l’avance, sa rareté déclenche une ruée. Tout se joue en quelques millisecondes — mettre au panier, valider — et cette course a été un échec la première fois sur WooCommerce, là où BigCartel, lui, encaissait la mécanique sans broncher.

D’où l’idée pour sortir de la course à la milliseconde : remplacer le « premier arrivé, premier servi » par un tirage au sort. Une loterie gratuite qui donne le droit d’acheter la pièce. J’ai développé une première mouture, un plugin WordPress où les gens s’inscrivent pendant une fenêtre de 30 heures, à l’issue de laquelle une personne est tirée au sort et se voit offrir la possibilité d’acheter.

Le vrai défi n’était pas le tirage — c’était l’anti-triche : souple, mais non contournable. Mes premières règles étaient si restrictives qu’elles se retournaient contre les honnêtes gens. Des personnes partageant un même Wi-Fi ne pouvaient pas s’inscrire, parce qu’elles sortaient sur la même adresse IP. Pire : deux personnes utilisant le même VPN étaient bloquées de la même façon. Il a fallu faire évoluer le plugin avec les retours des utilisateurs, jusqu’à ce que plus aucune inscription légitime ne soit refusée, sans pour autant ouvrir la porte aux tricheurs.

Autre chantier : les fuseaux horaires. Les acheteurs sont disséminés dans le monde entier ; le plugin doit dire, pour chacun, quand les inscriptions ouvrent et ferment. Le bug venait du constructeur Date() de JavaScript : il interprétait l’heure que je lui donnais dans le fuseau local de chaque visiteur. Résultat, le compte à rebours était faux pour tous ceux qui n’étaient pas en France — et c’est un participant étranger qui me l’a signalé, pas moi qui l’ai vu. La correction a consisté à passer au format ISO UTC (2025-03-12T12:00:00Z), qui désigne un instant unique quel que soit l’endroit d’où on le lit.

Ce plugin a grandi pendant plus de deux ans. Il gère aujourd’hui les inscriptions sans plus déclencher de grief sur ses règles d’exclusion, les listes blanches comme les listes noires, et bien sûr les tirages. Et si je regarde ce que l’IA a fait là-dedans : elle a écrit beaucoup de code, mais les décisions qui comptaient — l’équilibre entre souplesse et sécurité, l’arbitrage sur ce qu’on accepte de bloquer — sont restées les miennes.

Juin 2024 → janvier 2025 — 19 concessions : le catalyseur, et ses limites

Ce projet, je l’ai raconté en détail dans un dossier sur la synchronisation d’un ERP et la simulation bancaire pour un grand groupe. J’en donne ici ce que le dossier n’aborde pas.

Il s’agissait de synchroniser les stocks entre 19 concessions. L’IA y a été un catalyseur remarquable : j’ai réussi, seul, ce que deux à trois personnes avaient mis environ deux ans à faire sur la mouture précédente. Et mon plugin, comparé à celui de l’équipe d’avant, comptait beaucoup moins de fichiers, beaucoup moins de lignes de code, et s’exécutait plus vite. Le genre de résultat qui donne le vertige quand on le mesure.

Mais c’est aussi le projet qui m’a montré, noir sur blanc, ce que l’IA ne sait pas faire. Le développement a bloqué sur la gestion des flux XML et leur transformation en CSV en vue de l’import dans WooCommerce. L’IA tournait en rond. La situation ne s’est débloquée que lorsque j’ai fini par trouver moi-même la bonne documentation sur GitHub — celle qui décrit précisément comment respecter le format d’import, la gestion des attributs, celle des déclinaisons. Trouver la bonne source, ça, l’IA n’a pas su le faire à ma place — et c’est logique pour un outil dont l’accès à l’information restait, à l’époque, très limité.

Même chose sur un autre point dur : corriger un Swagger erroné — le fichier qui décrit une API — pour intégrer le service d’un grand groupe bancaire français et générer une simulation de prêt en direct sur la fiche d’un véhicule. Là non plus, l’IA n’a pas été d’un grand secours. Il a fallu mon œil et ma compréhension du problème. Et tout cela s’est fait sans agents, avec un modèle de 2024 qui n’avait pas le niveau de ceux d’aujourd’hui.

2026 — Ce que ça change pour vous, et où l’humain reste

Aujourd’hui, je ne copie-colle plus dans une fenêtre de chat. Je rédige un cahier des charges dans un fichier, un agent IA l’exécute en autonomie sur une branche de travail, et je relis son travail avant de l’intégrer. Le saut entre le copier-coller de fin 2023 et le pilotage d’agents autonomes de 2026 est, honnêtement, plus grand que celui entre « pas d’IA » et « un peu d’IA ». Et il s’est produit en deux ans.

Concrètement, pour un client, ça veut dire ceci. Ce plugin de paiement récurrent devisé 10 à 20 000 €, livré en une journée. Une synchronisation de 19 concessions menée seul là où il fallait une équipe et deux ans. Des chantiers que leur prix ou leur complexité mettaient hors de portée d’une PME deviennent faisables, en quelques jours, à un coût qu’elle peut réellement assumer.

Mais je serais malhonnête si je m’arrêtais là, parce que le fil rouge de ces six histoires dit autre chose. L’IA n’a jamais fait le travail à ma place. Elle n’a pas trouvé la doc GitHub qui débloquait l’import. Elle n’a pas corrigé le Swagger de la banque. Elle n’a pas conçu l’équilibre de l’anti-triche, ni choisi la solution simple contre son usine à gaz du thème saisonnier. À chaque étape, depuis le tout premier copier-coller de septembre 2023, le jugement est resté humain. Et ce n’est pas une limite qui disparaîtra au prochain modèle : c’est la forme même du métier aujourd’hui. L’IA élargit ce qu’une personne expérimentée peut atteindre seule ; elle ne remplace pas l’expérience. (J’ai développé ce point dans un autre article : pourquoi l’IA ne va pas « voler tous les emplois ».)

Alors si vous avez un projet que vous pensiez réservé à une équipe, ou à un budget de plusieurs milliers d’euros — c’est exactement le genre de conversation qui vaut la peine d’être ouverte. Souvent, ce qui était infaisable hier tient aujourd’hui en quelques jours de travail. Et c’est là que se joue mon métier de freelance en IA et automatisation : mettre cette accélération au service de ce que vous n’osiez plus demander.